19 questions à l’animateur
du Mécanopole et du Mécaforum

Henri Croizier à son bureau le 13 novembre jour de l’interview
Au
moment où Henri Croizier se prépare à quitter la SEMPA (Société d’économie mixte du circuit
Paul-Armagnac), il fait le point sur le Mécanopole.
Qu’avez-vous
fait en 3 ans au Mécanopole ?-
J’ai été détaché depuis octobre 2004 de mon réseau des Chambres de commerce
pour réaliser un pôle industriel autour des filières automobile et
aéronautique. Il fallait d’abord mettre le circuit aux normes internationales
pour pouvoir exister au niveau, non seulement des compétitions, mais aussi des
essais industriels liés à la compétition automobile.
D’abord
les investissements publics nécessaires ont tous été trouvés (Etat, Région,
Europe et, bien sûr, Département (maître d’ouvrage). Aujourd’hui, le circuit
est homologué auto, moto, poids lourds, karting 250 cm3, essais Formule 1 et
Championnat d’endurance à l’échelle mondiale. On ne pouvait pas rêver en
obtenir plus ! Attribuées depuis le 20 décembre 2006, ces homologations ont
permis de faire toute la saison 2007 avec les nouveaux équipements. C’est une
technologie importante qu’il a fallu maîtriser et qui a permis de faire une
très bonne année dans les 3 domaines de la compétition, des essais liés au
sport automobile et des essais industriels. En moins de 3 ans, dans un budget
inférieur au budget prévu, on a réussi le challenge d’avoir en France un
nouveau circuit automobile à l’échelle internationale.
Quel
était le délai initialement prévu ? - 5 ans ! Mon objectif de travail dans le Gers
a toujours été basé sur mon contrat de détachement, c’est-à-dire 5 ans. Donc,
en moins de 3 ans, financements trouvés, travaux réalisés, 1ère
saison faite. Les 1ers résultats financiers de l’exercice d’exploitation des
installations ont été présentés au Conseil d’administration [de la SEMPA
Le chiffre d’affaires correspond bien à la trajectoire fixée et il est même en
avance. Donc les nouveaux clients sont bien là. Les nouveaux tarifs ont été
acceptés sur l’ensemble de l’échelle européenne comme étant des tarifs
correspondant à ce type d’outil. Et aujourd’hui, en France, nous sommes classés
2ème circuit. Nous étions aux alentours du 25ème en 2004 au
moment où l’on a démarré. Le 1er est Le Mans et le 3ème Magny-Cours. Donc
je crois que ce 1er challenge a été réussi, on peut même dire bien
réussi.
Chose
pratique qui m’avait été demandé en 2004 par les élus, c’était que chaque m²
investi dans le béton ou le goudron etc. puisse aussi servir aux essais
industriels. Aujourd’hui, c’est une réalité. Le circuit a été retravaillé et
l’ensemble des installations peut faire fonctionner le système lié à la
compétition et les essais industriels. La 1ère étape, relative au
circuit, est bouclée.
Comment
décririez-vous la deuxième ? – La 2ème chose qui m’avait été
demandée, c’était de mettre l’aérodrome aux normes puisqu’il était classé en
catégorie 5 par la DGAC (Direction générale de l’aviation civile),
vu qu’il n’existe pas de catégorie 6 !
Cela
veut dire que si l’on n’avait pas fait de travaux, l’aérodrome arrêtait
tranquillement de fonctionner puisqu’on n’aurait pas pu continuer y faire poser
d’avions. Donc l’investissement public a été trouvé, les travaux de mise aux
normes ont été lancés et terminés. On en a profité - et pour le même budget –
pour porter la longueur de la piste à la longueur nécessaire pour faire poser
des jets biréacteurs. Cette réalisation a son importance, car elle nous permet
de faire venir de toute l’Europe des clients qui utilisent ce type d’avion pour
se déplacer depuis des circuits européens et des centres d’essais industriels.
Nous avons effectivement nos premiers clients qui viennent de plus loin [qu’auparavant].
En même temps, ça nous donne la possibilité, pour la filière aéronautique,
d’avoir un atelier de maintenance de cette catégorie d’appareils. Nous avons
actuellement un atelier de maintenance « aviation » qui s’appelle « Malibos
aviation ». Cela va lui permettre de se développer. Cela peut
nous permettre également de trouver des investisseurs dans la maintenance ou le
développement de l’aéronautique de loisir. Cette 2ème étape est
finie : la piste de l’aérodrome a été rallongée et on avance.
Pouvez-vous
parler de la 3ème ? - 3ème étape : la création d’une Zone
d’activités en 2 parties. 1ère partie, avec accès direct au circuit
automobile pour pouvoir y implanter des entreprises du domaine du sport
automobile ou des essais industriels. Une autre partie avec un taxiway donnant
accès au nouvel aérodrome. Les travaux de la 1ère partie sont en
phase finale. C’est un chantier très long, car il fallait acheter les terrains,
les viabiliser, amener des réseaux de gabarit industriel, comme on les a amenés
sur les nouveaux stands du circuit pour recevoir des milliers de spectateurs.
C’est aussi un chantier onéreux du fait des choix effectués. Or il fallait
respecter l’équilibre budgétaire entre les aides publiques et le prix auquel le
terrain sera mis en vente.
Qu’entendez-vous
par équilibre ? -
C’est-à-dire que nous avons dû effectuer les travaux au prix du m² de terrain
vendu. Par exemple, on doit aménager 23 ha dont on ne pourra vendre que 20 ha,
à cause des voiries, des bacs d’eau pour la sécurité etc. Or les élus ont
défini un tarif public de vente du terrain public. Ce tarif, qui a été voté par
le SYMA
(Syndicat mixte d’aménagement), nous fait calculer un prix maximum
des travaux. Il fallait donc rechercher et les travaux, et les aides publiques
avec ce tarif voulu par les élus. C’est un équilibre qui n’est pas évident. La
mission de recherche d’entreprises acheteuses a été sous-traitée de puis 1,5
ans à la SOFRED
et à Midi-Pyrénées
expansion (MPE) par le SYMA. Ces organismes ont apporté au SYMA des
prospects intéressants. On est bien dans de la production pour l’automobile, on
est bien dans de la production pour l’aéronautique de loisir. D’autres dossiers
sont du domaine de la compétition automobile, d’autres encore dans les services
associés.
Pouvez-vous
donner quelques chiffres ? – Globalement, en 1,5 ans, il y a eu 600 prospects
contactés à l’échelle de la France. Sur les 600 prospects, on a une trentaine
de dossiers détectés. Sur les trente, il y en a une quinzaine qui méritent
qu’on y consacre toute l’énergie disponible. Et il y en a entre 5 et 10, qui,
si l’on s’y prend bien, peuvent être vraiment les premières sociétés implantées
à Nogaro.
Mais,
comme vous le savez, depuis 1,5 ans, pour des raisons liées à l’activité de la
SEMPA et à sa décision, je ne suis plus le « pilote », le chef de projet du
Mécanopole. On a vraiment scindé entre la SEMPA, qui devait répondre à un appel
d’offres pour une délégation de service public pour les 10 prochaines années et
la SEMPA chargée de la prospection et du laboratoire. Mais cela ne m’a pas
empêché d’apporter ma vision de tel ou tel dossier, chaque fois que j’étais
sollicité. Ou, à l’inverse, quand on me l’a demandé, de fournir un carnet
d’adresses de cibles possibles. Ceci avec ma casquette de directeur délégué de
la SEMPA en charge de son volet industriel de la SEMPA. [Henri Croizier a
été chargé par la SEMPA, en collaboration avec Caroline Diviès, directrice du
circuit, de présenter le dossier de la SEMPA en vue d’obtenir la délégation de
service public la chargeant de gérer le circuit].
J’ai
voulu apporter ma contribution, mais je n’ai pas pu aller au-delà, car la suite
n’était pas de mon ressort.
Pendant
ces 3 ans, la Zone d’activités s’est construite, mais on n’a pas perdu de
temps, puisque le Conseil général et le SYMA ont mis en place cette structure [SOFRED
+ MPE] qui avait l’avantage d’être complètement externe : ils ont un cahier
des charges, ils ont un budget et ils doivent nous trouver des entreprises à
implanter.
Et
la pépinière d’entreprises ? - La pépinière d’entreprises a, elle aussi, été
faite dans cette période. Il a d’abord fallu faire un cahier des charges sur
une pépinière dédiée au monde de l’automobile, plus précisément, aux ELF
(Etudes de liaisons au sol). Pour la partie ateliers, il a fallu la concevoir
en conformité avec la niche sur laquelle on a positionné Nogaro à l’échelle
européenne. Pour la partie bureaux d’études, on l’a vue pour la double filière
aéronautique de loisir et automobile. Là, on est essentiellement à la recherche
de dossiers sur les systèmes embarqués et l’électronique. Aujourd’hui, cette
pépinière est physiquement là. Elle a servi à sauver, je l’espère, l’entreprise
Fior Concept.
Ceci nous permis de faire un jeu de piste en mettant l’Ecole de la performance dans un
bâtiment mieux adapté. Cela a permis à cette Ecole d’avoir, à cette rentrée, la
plus grosse session qu’elle a jamais eue : plus de 40 stagiaires venus de
France et d’ailleurs sont venus à Nogaro. On voit là le début de l’intérêt du
Mécanopole. M. Fornerod [le directeur de l’Ecole de la performance], ne
pouvait plus rester dans ses murs trop étroits. Or, nous n’étions pas dans son
calendrier pour lui sortir de terre des bâtiments. Nous n’avions pas fini nos
propres travaux. Nous avons pris l’initiative de tout faire pour qu’il puisse
prendre les bâtiments de Fior. Cela nous a permis, je le pense vraiment, de
sauver Fior et cela a permis à M. Fornerod de recevoir sa plus grosse session.
Pouvez-vous
préciser ce qui a été fait dans le domaine des essais? N’est-ce pas le futur Laboscope qui doit les effectuer ? – Ce qu’on appelle «
essais industriels » nécessite d’avoir un lieu fermé, sécurisé pour y tester
des pneus, des suspensions, des freinages, l’aérodynamique ou des moteurs.
Alors nous, comme nous n’avons commencé notre saison qu’en février 2007 [à
la fin des travaux du circuit] et que nous n’avions pas encore le Laboscope,
nous ne pouvions offrir que deux choses : la 1ère c’est un circuit
de 3,636 km et la seconde, des partenariats avec Nogaro Technologies (Fior
Concept) et
l’Ecole de la performance ou l’utilisation de la télémétrie. Eux, ils ont les
équipements, ils ont la compétence et nous, nous avons le circuit. Donc,
aujourd’hui, à Nogaro, c’est ça que nous pouvons vendre en termes d’activité.
L’activité « essais industriels » a donc démarré telle que nous l’avions prévue
et, en 2007, essentiellement sur des véhicules de compétition, auto et moto.
Pourquoi
surtout sur des véhicules de compétition ? - Parce que nous avons eu des plateaux
très intéressants dans le domaine de la compétition. Les gens, voyant que nous
allions pouvoir faire telle ou telle épreuve, ont voulu venir à Nogaro mettre
au point leurs voitures. On a fait le Championnat du monde des GT. Plus on
monte dans la hiérarchie de la compétition, plus on a de clients qui, sachant
qu’il va y avoir une épreuve chez nous, nous demandent de venir mettre au point
des véhicules, avec les pneus, la suspension, le freinage.
Mais
y aura-t-il de la place pour les industriels « classiques » ? - Ça, ça va nous amener
à un autre point d’étape, la rupture du contrat de concession entre la SEMPA actuelle
et le Conseil général du Gers. Lorsqu’il a fallu injecter autant d’argent
public, il y avait 2 solutions.
Soit
c’était le gestionnaire, la SEMPA, qui trouvait le montage pour amener cet
argent, soit c’était le propriétaire, le Conseil général (CG). La SEMPA ne
pouvait faire les travaux toute seule que si elle augmentait son capital.
L’augmentation aurait dû être à la hauteur des travaux. On avait alors un
déséquilibre entre le Conseil général et l’autre actionnaire, l’ASAB
(Association sportive Armagnac-Bigorre). L’ASAB détenait 40%, le CG 50 et
quelque. Le reste est à la commune de Nogaro et à quelques indépendants.
Imaginez
ce qu’aurait pesé l’ASAB si le CG avait amené 10 millions et plus ! C’était un
déséquilibre. L’ASAB ne l’a pas souhaité et le CG non plus. Il ne restait plus
qu’une solution : la rupture du contrat de concession, qui avait quand même été
signé pour 50 ans avec le Département. Et puis la reprise du circuit par le
département. Donc c’est la 2ème solution qui a été retenue. Le
Département a repris le circuit pendant toute la période des travaux. Le
Département a dit : « je vais relancer une consultation, mais cette fois, plus
pour 50 ans, mais pour 10 ans ». Mais, pour « entrer dans la cour des grands »,
faire un circuit homologué au niveau international capable d’offrir des
compétitions de très haut niveau, ça va coûter plus cher à maintenir, cet
équipement-là, d’autant que la réglementation va évoluer. C’est pourquoi le CG
a préféré un délai de 10 ans et un contrat d’affermage, plutôt que de
concession. Cela permet au CG de changer son fusil d’épaule au bout de 10 ans.
Cela lui permet aussi de décider s’il continue ou non d’investir pour la compétition.
Quelle
différence pratique entre concession et affermage ? – Dans les 2 cas il y a
un contrat de location avec des redevances. Celles-ci sont beaucoup plus
onéreuses dans le cas de l’affermage. Parce que c’est l’autre partie qui doit
provisionner d’éventuels travaux, alors que dans le contrat de concession, on
paye très peu, mais on provisionne soi-même ses chantiers à venir. Donc, comme
le CG veut que le circuit ait une activité industrielle autre que celle liée au
sport automobile, il a souhaité garder la main.
Qu’en
est-il de votre souhait passé de voir investir autant d’argent privé que
d’argent public dans le Mécanopole ? – Je reste défenseur de
cette ligne-là. Parce que je pense que les 350 emplois souhaités à Nogaro ne
viendront pas du secteur public. Le secteur public et l’argent public devaient
servir à initier les investissements. Le secteur privé n’aurait jamais investi
dans ce petit village, dans cet environnement-là. Aucun investisseur, même un
grand groupe, n’aurait mis autant d’argent dans un circuit automobile à Nogaro.
Aucun n’aurait investi dans une Zone d’activités là et encore moins dans le Laboscope.
Donc là, je crois que la puissance publique a bien joué son rôle en disant : «
Eh ! Bien, écoutez, voilà : nous, nous croyons au développement de notre
territoire, nous misons les premiers, nous mettons au pot l’argent nécessaire
pour faire ce que nous avons envie de voir se développer un jour à Nogaro ».
Mais tout le reste, c’est-à-dire les entreprises et donc les emplois, doit
venir du secteur privé.
En
somme, c’est le moment, pour le secteur privé, d’investir ? - e qui se passe
aujourd’hui, c’est que le secteur privé a cru et croit en Nogaro. J’évoquais
les entreprises que pourrait accueillir le Gers. On est là dans la logique de
dire que si on a viabilisé des terrains, c’est bien pour les vendre à
quelqu’un. Si l’on a construit une pépinière, c’est bien pour y loger des
entreprises. Et notre pépinière a coûté moins cher parce que nous avons utilisé
une procédure de mise en concurrence. Avec l’argent économisé, nous allons
construire un hôtel d’entreprises. On est donc dans la logique d’accueillir des
activités privées.
Alors,
moi, il ne m’appartient pas de décider de qui le SYMA va choisir comme clients,
à qui ils vont vendre les terrains et qui ils vont mettre dans la pépinière. Ça,
ce sont des décisions politiques qui appartiennent au SYMA. Une grande part des
décisions y revient au CG, mais aussi aux mairies de Nogaro et de Caupenne et à
la Communauté
de communes.
Aujourd’hui,
on pourrait être tenté de vendre les terrains uniquement au sport automobile.
Un circuit avec toutes les homologations que j’ai énumérées, il n’y en a pas
beaucoup sur la planète. En France, il y en a très peu. En Europe, il y en a
quelques uns, mais il n’y a plus d’heures d’utilisation disponibles dessus.
Alors, les gens disent : « mais c’est à Nogaro, un climat avec une centaine de
jours de secs de plus que, par exemple, au nord de la Loire. Homologations
auto, moto, poids lourds, karting 250 cm3, essais Formule 1 et Championnat
d’endurance à l’échelle mondiale : il y a quasiment tout. C’est pour ça que
Nogaro est classé 2ème circuit de France. En plus une zone
d’activité avec des terrains vendus à un prix correct»: le monde du sport
automobile peut s’engouffrer dans le Mécanopole de Nogaro.
Mais
je crois que ce n’était pas la seule volonté du Département, en tout cas ni de
la ville de Nogaro, ni de Caupenne. Compte tenu de l’environnement du circuit,
des riverains, du fait que le circuit est quasiment dans le village de Nogaro.
Le sport automobile va avoir sa place, c’est indéniable. Je pense qu’il y aura
de très belles entreprises. Les essais industriels liés au sport automobile se
développeront aussi, c’est sûr. Pour la partie aéronautique, je crois que ça va
être plus simple. Nous sommes sur une niche, sur une catégorie d’aérodromes ont le
classement permet des activités. Donc, là, les élus auront moins de problèmes à
se poser. On est dans l’aéronautique de loisir. Qu’est-ce qu’ils veulent ? Des
avions à hélice, un peu de maintenance sur des biréacteurs s’ils veulent y
aller, du matériau composite, du bois et de la toile. A nous de trouver ceux
qui font ce métier là en Europe et leur montrer que c’est plus intéressant de
venir chez nous.
Sur
l’automobile, je pense qu’il va y avoir des discussions au niveau des élus.
D’abord parce que le sport auto frappe aux portes et de belles entités! D’un
autre côté, les riverains frappent aussi aux portes, du moins certains. En
disant : « le sport auto, le bruit, la moto, les poids lourds, le kart, tout ça
un peu pour les week-ends, un peu pour les courses : oui, mais si, en plus, on
les bombarde d’entreprises tout autour qui vont faire leurs essais, ça va
devenir l’enfer ! » Donc je crois qu’il va y avoir un arbitrage entre les
activités « sport auto » au sens large et les activités plus traditionnelles.
D’autant
plus que certaines entreprises locales, qui n’ont pas grand-chose à voir – du
moins directement – avec le sport auto, veulent participer au développement ! – Tout à fait. Dans
cette période où les élus ont vu arriver les premiers dossiers, ils se sont
rendu compte qu’on était davantage dans le milieu du sport. La question m’a été
posée : « est-ce que l’on pourrait revenir à ce que vous nous aviez dit en 2004
et 2005 d’aller chercher à l’échelle européenne des gens qui pourraient avoir
un intérêt à venir à Nogaro ». Aujourd’hui, moi j’ai fini ma base de données
des gens que j’irai voir si l’on me demande d’aller frapper aux portes. Parce
que je pense que c’est sur cette niche-là que le business peut exister. Mais
l’on n’a pas fini l’étape de la délégation de service public de la SEMPA.
Pendant 1 an presque 1,5 ans, il a fallu travailler et travailler notre dossier
de positionnement, non plus pour un contrat de concession, mais pour un contrat
d’affermage. En même temps on nous a dit : « on fait quand même une
augmentation de capital pour que l’ASAB ne pèse plus 40%, mais 10%.
C’est-à-dire pour qu’elle perde cette fameuse minorité de blocage. Je passe sur
le contexte qui n’a pas été facile. Il y avait des avocats des deux côtés,
chacun défendant ses intérêts, ce qui est tout à fait logique. Et à la sortie,
il fallait bien qu’on soit d’accord. Tout ça, cela a été notre boulot.
S’agissant
du dossier de DSP (délégation de service public) de la SEMPA, il a été remis.
Nous connaîtrons le sort de notre dossier le 5 ou le 7 décembre prochain au CG.
Pouvons-nous
revenir sur les principales difficultés rencontrées pendant ces 3 ans ? – Elles sont de
plusieurs natures. Les premières étaient que pour faire homologuer le circuit,
il fallait faire des investissements sur des terrains dont nous n’étions
absolument pas propriétaires. Acheter du foncier dans un territoire où il y a
des discussions entre riverains et circuit pour plusieurs hectares, ça c’était
extrêmement compliqué. Avec des réglementations administratives qui touchent
l’utilisation des fonds publics. Moment assez dur !
Une
fois ce foncier acheté, il a fallu trouver l’argent pour construire. Ça, cela a
été une période extrêmement délicate. En clair, ce qu’on me disait, c’est que
l’Etat, la Région, l’Europe ne mettraient pas d’argent uniquement pour le sport
auto. Et le CG disant : « ce n’est pas un circuit de compétition que nous
allons faire, c’est un Mécanopole ! » Ça, le dire, c’est bien, mais il faut le
prouver. Cela veut dire qu’il fallait bâtir tout un dossier montrant qu’on n’allait
pas fausser la règle simplement pour obtenir des fonds publics, mais bien dire
: « j’achète plus de terrain que je n’en ai besoin uniquement pour mettre le
circuit aux normes. Pour y faire un village aéronautique, pour y faire une zone
d’activités, pour y faire une pépinière et pour y faire un laboratoire.
Quand,
en plus, tout cela se passe dans une Communauté de communes où il y a environ 6
000 habitants, tout se sait avant même que les choses soient dites. C’est un
environnement où les informations circulent et se déforment. Donc, pour obtenir
l’argent, il a fallu que le Département soit extrêmement convaincant vis-à-vis
des autres [parties prenantes]. Et en même temps, nous avons eu une
chance inouïe, c’est la position de l’Etat et la position de la Région. Nous
avons eu 2 alliés extrêmement forts, un Etat qui a bien compris que nous
voulions faire un pôle industriel et la Région qui a compris la même chose et
qui a vu aussi là-dedans le côté formation.
Quel
a été le rôle de M. Estrosi, comme ministre de l’aménagement du territoire ? – Avec le recul, je
pense qu’il a été déterminant. S’il n’y avait pas eu le pôle d’excellence
rurale pour nous aider à financer le Laboscope, les seuls fonds financiers du
Département et de la Région n’auraient pas été suffisants.
On
a fait savoir qu’on créait un Mécanopole, que plutôt que d’être concurrents, on
allait rechercher un équilibre d’aménagement du territoire. Ça, c’est notre
consortium Mécaforum
qui a mené ça. Les services de l’Etat se sont dit : « bon ! Finalement,
entre tous les circuits, ils ne vont plus se faire la guerre, ils vont essayer
de trouver des synergies. Pour essayer de refaire une offre française vis-à-vis
des pays européens. Pour essayer de faire revenir des essais industriels qui
ont quitté la France depuis 15 ans ». M. Estrosi nous a fait travailler avec
ses collaborateurs, qui ont été convaincus.
Comment
voyez-vous l’avenir du Mécanopole ? – La 1ère étape a été franchie dans
un délai inférieur à celui qui était prévu. La 2ème étape consiste à
faire venir des emplois à Nogaro. Une question se pose : qui va s’occuper de la
prospection des entreprises à compter du 1er janvier 2008? Si la
Sempa gagne la compétition pour le contrat d’affermage, un directeur général
sera recruté pour appliquer le cahier des charges. Il faudra trouver comment
consacrer 80 à 100 jours de circuit aux essais industriels, ce qui induira une
activité quasi-quotidienne.
S’agissant
de l’aérodrome, il va changer de modèle de
gestion. Pour gérer les investissements prévisibles, un club n’est sans doute
pas la meilleure formule. D’autant plus qu’André Malibos [président de
l’aéroclub] espère qu’une école de formation au vol libre [delta et
parapente, cerf-volant et kite ; ce genre d’école est rare en Europe] sera
implantée sur le site.
Comment
voyez-vous votre futur rôle dans le Mécanopole ? – Si le dossier de la
SEMPA est retenu, je pourrais travailler sur le volet industriel. Pour cela il
faut sortir de terre le Laboscope. C’est le Laboscope qui sera
l’outil industriel. C’est lui qui est l’essence du pôle d’excellence rurale. [Le
permis de construire du Laboscope devrait être approuvé avant la fin de 2007].
Certains
Nogaroliens disent que le Mécanopole ne va pas apporter du travail « dans nos
métiers ». Que leur dites-vous ? – Je ne peux leur dire qu’une chose. Si demain
des entreprises nouvelles recrutent des secrétaires trilingues, des techniciens
supérieurs, des ingénieurs, elles chercheront d’abord à Nogaro et dans sa
région. Si elles ne trouvent pas, elles chercheront ailleurs. Ou alors les
demandeurs d’emploi se couleront dans le moule des emplois demandés.
Monsieur
Croizier, je vous remercie pour cet interview.
Avez-vous envie
de commenter cet article, d’y apporter des compléments ou des anecdotes ? Vous
m’aiderez beaucoup si vous le faites : le formulaire ci-dessous est à votre
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