Développement et « Dynamique automobile » II
Texte intégral de l’Interview d’Henri
Croizier
(2ème
partie)
Cet interview a été enregistré le 18 décembre
2007, soit une semaine après l’assemblée générale du Mécaforum® à Linas Montlhéry. Après le 1er extrait, voici le 2ème qui
expose le problème de la concurrence entre les circuits. La solution apportée
par le Mécaforum® fera l’objet d’un autre billet.
Complémentarité ou concurrence entre les circuits

M.
Bouilhaguet, président de
Roland Houdaille : comment s’organise la
complémentarité entre les membres du consortium ? J’ai entendu à l’AG, à
part le Mécanopole, au moins 2 autres dirigeants
de circuits parler de liaisons au sol. Notamment Issoire et Mérignac et je
crois qu’il y en a encore un autre. Comment éviter une concurrence mortelle et,
en plus, une « entente » au sens d’infraction économique ?
Henri Croizier : aujourd’hui, le constat est le suivant. Nous avons créé le Mécanopole en 2004. Parallèlement, on a regardé ce qui se passait sur le territoire national pour savoir si on allait rentrer frontalement dans de la concurrence avec d’autres circuits automobiles et/ou d’autres pôles autour de circuits automobiles ou, si, effectivement, la niche sur laquelle nous nous sommes mis était bien notre niche dédiée au circuit de Nogaro. A ce moment-là, ce que j’ai constaté, c’est que les autres ne nous avaient pas attendus !
Si on prend le cas de Magny-Cours, qui a été présenté à l’AG, Magny-Cours a démarré, il y a une vingtaine d’années. Donc Magny-Cours a une vingtaine d’années au niveau du circuit, une bonne quinzaine d’années au niveau de son centre et de son technopole et à présent, ils font ce qu’ils nous ont présenté sous le nom de Magny-Cours2.
En ce qui
concerne le circuit de Bordeaux, il y a
très longtemps que le circuit existe, il a vécu des hauts et des bas, mais il y
a un pôle d’une trentaine d’ha autour du circuit, dont la finalité a toujours
été une finalité de développement économique, une activité liée à la sécurité
routière, notamment.
Ensuite, il y a Issoire, le circuit du CEERTA, autre circuit qui a été présenté à notre AG. Ce circuit a été créé par des ingénieurs de chez Michelin il y a de nombreuses années. Donc Issoire est né il y a là aussi plus de 15 ans. Il a été repris au fil du temps parce que c’est la vie de toutes les sociétés privées. Mais, quand il a été construit, c’était avec l’idée d’en faire un outil complémentaire à Michelin. Ça, c’est une réalité. Et il a été construit pour être complémentaire à Michelin et complémentaire à un circuit qui s’appelle le circuit de Charade, qui est le dernier circuit de montagne en France.
Tout ça, ce sont des outils qui sont plus anciens que le Mécanopole de Nogaro. Ensuite, vous avez le pôle industriel d’Alès, qui n’a pas été présenté à notre AG, mais qui est à prendre en compte, puisqu’au niveau national, c’était le 3ème pôle : il y a Le Mans, Magny-Cours et Alès. Alès est en plein développement, s’est positionné sur un créneau qui correspond à son type. Il est sur la partie rallye compétition, mais plutôt rallye et moto.
Et il y a le Technoparc du Mans. C’est un outil qui s’est développé avec l’histoire du circuit du Mans. Parallèlement a été annoncé, il y a un peu plus de 2 ans, la création de l’Institut supérieur du commerce de l’automobile et l’Ecole supérieure de commerce des réseaux de l’automobile du Mans. Ce sera probablement le plus grand établissement français dédié aux métiers autour de l’automobile.

Les élèves mécaniciens de compétition du lycée d’Artagnan de Nogaro à l’AG du Mécaforum®
Tout ça, ce sont des dossiers anciens. Et puis il y
a les dossiers nouveaux. Vous avez vu la présentation de Cergy-Pontoise , qui laisse, je pense, augurer,
sur les hectares qu’ils ont là-bas et avec la proximité de Paris, un développement
important.
Il y a le Mécapole du Loiret, qui n’a pas été présenté, car
la personne n’a pas pu être présente. C’est un pôle industriel et de loisir
autour de l’automobile dans le sud de
En plus, dans les nouveaux dossiers qui apparaissent sur le territoire français, il y a le côté Bretagne-Normandie. Aujourd’hui, on ne sait pas encore où ça va être très exactement. Mais là-bas, il y a des pôles. Autour de Rennes, par exemple, avec la présence de Citroën est un pôle très fort. Il y a une effectivement volonté, pour un des pôles de compétitivité industrielle, de développer des essais également là. Et de l’autre côté, il y tout Peugeot, toute la partie liée à l’industrie de production automobile. Ils ne sont pas inactifs. D’ailleurs, on a eu pour la 1ère fois à notre AG le patron d’un nouveau circuit qui vient d’ouvrir là-bas dans les Vosges.
Si on
descend au sud-est de
RH : et puis il y a le Castellet ?
HC : voilà ! Alors, à notre AG nous avions le secrétaire général du circuit du Castellet. Ce circuit devient peu à peu un pôle d’aménagement du territoire. Il y a d’ailleurs aujourd’hui un autre projet autour du Castellet, auquel on est en train de réfléchir. Ce serait un 2ème circuit automobile. Ce n’est pas le propriétaire du Castellet qui le porte, ce projet, c’est encore une autre structure.
Là-dedans,
soit on laissait partir tout ça tout azimut, auquel cas, à partir du moment où
elle a les moyens de mener à bien son projet, chaque entité n’a pas à demander
quoi que ce soit au niveau des circuits de décision. Elle est maîtresse chez
elle. Avec un gros risque : l’affrontement pur et dur des concurrences qui
n’ont aucun sens.
Et, quelque part, ça a été aussi un peu la risée de nos voisins, qui disaient : « à force de créer des structures comme ça, qui vont se faire elles-mêmes concurrence, de toute façon ça va nous laisser un peu le champ libre. Le temps qu’ils vont se faire un petit peu la guérilla entre eux, nous, on amènera un service de qualité, un service de prestations relativement sérieux dans cette affaire-là. »
Soit c’était
quelque chose que nous ne voulions absolument pas et c’est une des raisons pour
lesquelles nous avons décidé ensemble d’aller vers un syndicat professionnel de branche.
Créer un syndicat professionnel de branche, c’est compliqué, parce que chacun
doit faire bouillir sa marmite et développer son activité, mais, en même temps il faut fixer des règles.
Et les règles sont de multiple nature. C’est les règles d’exploitation, c’est
les règles liées au personnel, c’est les conventions collectives, c’est les
échelles de rémunération de l’ensemble du fonctionnement d’un service. Parce
qu’on tourne, pour certains circuits 24 h/24 et 7 jours/7. Tout ça c’est assez
différent d’un circuit qui va tourner 3 jours ou 4 jours/semaine de 9 h à 17 h.
Et puis amener une politique de service. Parce que
si on a perdu des essais industriels depuis 15 ans, c’est aussi parce que nos
services sont progressivement devenus seulement de la location de circuits. En
disant : « Ben voilà, vous arrivez le matin à 9 h vous faites le
chèque de tant, vous avez droit à votre journée, vous repartez le soir et on
vérifie que vous n’avez rien cassé. » Donc, une fois que vous avez
transformé un métier de prestataire de services en un métier de loueur
d’installations, vos compétences techniques, eh ! Bien elles sont
parties ! Voilà !
Et là,
honnêtement, chacun a voulu redonner de la valeur ajoutée à son établissement
ou à son environnement. Donc,
ça, c’est un raisonnement qui a été assez fédérateur.
C’est sûr qu’on a également regardé comment chacun
faisait sa politique tarifaire. Là, je peux vous assurer qu’il n’y a aucune
entente entre les circuits, parce que la politique tarifaire est extrêmement
liée à 2 choses : le montant des investissements de vos installations et
la masse salariale de votre personnel pour faire fonctionner vos installations.
Une fois que vous avez les deux montants, vous savez combien vous devez vendre
votre journée. Voilà ! Alors faire une comparaison entre le circuit du
Mans, le Castellet, Magny-Cours, Nogaro le circuit du Laquais, le CERAM,
Michelin, autant dire que l’on est dans un environnement extrêmement différent
avec, derrière, des calculs de prix de revient qui sont liés à nos
organisations.
Henri Croizier (3ème de dr. à g.) à la tribune pendant l’AG du Mécaforum®
RH : c’est moins cher à Nogaro, à cause de
l’actionnariat public, je suppose ?
HC : moins cher à Nogaro ? En ce qui concerne la
prestation de services, ce n’est pas évident aujourd’hui, parce qu’on a changé
notre grille tarifaire avec les nouvelles installations et il faut prendre en
compte dans nos nouveaux prix de Nogaro la masse des investissements qui ont
été faits. Donc, on n’a pas fait évoluer la masse salariale, mais quand le Conseil
Général (CG) a investi 14 millions d’euros, grosso modo, dans le circuit de
Nogaro, il n’y a pas de pétard, ça se retrouve dans le prix de la prestation
qu’on fait ! C’est d’ailleurs pour ça que, aujourd’hui, le prix de la journée qui était à 2 250
€ est passé à 4 000 €. Ça c’est une réalité. C’est vrai que Nogaro
est toujours moins cher que le Castellet, Magny-Cours ou Le Mans dans un
certain nombre de prestations, parce que notre masse salariale est plus faible
que la leur ou que l’investissement n’est pas à leur hauteur, mais en même
temps, on est devenu plus cher que Pau, Albi ou autres. Mais les gens trouvent
chez nous plus de prestations.
RH : on a calculé l’amortissement sur combien d’années à
Nogaro ?
HC : tout dépend si vous êtes un circuit ou un centre
d’essais public ou privé. Les règles de calcul sont extrêmement différentes.
Aujourd’hui on considère qu’un circuit, il faut le resurfacer à peu près tous
les 5 ans. Si vous ne faites que de la course, vous pouvez tenir un peu plus
longtemps. Si vous faites des essais jour et nuit, eh ! Bien voilà, il
faudra le refaire plus souvent.
Ensuite il
y a d’autres éléments qui rentrent dans le calcul du prix, c’est tout ce qui
touche la sécurité. Alors effectivement, le béton, on voit bien qu’on va l’amortir
comme n’importe quel bâtiment, mais la partie « sécurité » c’est très,
très lié à la réglementation que nous imposent les Fédérations. Si on nous dit
que, pour l’année prochaine, il faut ajouter tel grillage à tel endroit ou tel
mur à tel autre et ainsi de suite, tout ça rentre dans un calcul de prix
journalier.
Aujourd’hui, il y a une connaissance de tous les
tarifs pratiqués sur tout le territoire. On a constaté que les prix sont
très en phase avec ce que les clients trouvent. Donc on n’a pas de distorsions
qui amèneraient des incompréhensions.
Ils sont en
phase avec les services rendus. C’est à dire que les prix que vous payez pour aller
au Castellet ou pour venir chez nous à Nogaro, pour aller au Mans, pour aller Albi ou à Lohéac,
les tarifs des prestations sont cohérents. Ça, ça évite les phénomènes de
concurrence.
Le prochain
extrait exposera comment le Mécaforum® met en œuvre la complémentarité entre
circuits.
Que
pensez-vous de la manière dont les prix sont fixés pour les utilisateurs du
circuit de Nogaro ? Le formulaire ci-dessous est à votre disposition :









