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Allez Nogaro !
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Développement et « Dynamique automobile » III

Interview d’Henri Croizier (3ème partie)

Cet interview a été enregistré le 18 décembre 2007, soit une semaine après l’assemblée générale du Mécaforum® à Linas Montlhéry. Après le 1er extrait et le 2ème extrait, voici le 3ème et dernier, qui expose le projet de création d’un Centre technique industriel (CTI) de la « dynamique automobile. » Henri Croizier le voit éclaté sur plusieurs sites, dont celui de Nogaro, et non concentré sur un seul, ce qui est très novateur et est dans la logique de l’aménagement harmonieux du territoire.


Roland Houdaille : qu’avons-nous oublié d’important ?

Henri Croizier : le CTI ! C’est ce qu’on présente à nos industriels et aux services de l’Etat. Car la compétence des pays voisins s’est faite aussi autour d’un rassemblement plus structuré que la seule volonté de travailler à 2 ou à 3.

Il faut être réaliste, dans ces pays, ils ont utilisé les fonds publics pour investir dans des équipements onéreux et être efficaces bien au-delà de leurs frontières.

Si nous voulons aller individuellement sur ce schéma-là, nous n’y arriverons jamais. Si un gros constructeur ou un gros équipementier décide de le faire, il n’a aucune chance d’aboutir, parce que les autres constructeurs ne vont pas amener leurs essais chez lui ! Idem pour les équipementiers : ils travaillent pour plusieurs constructeurs, mais ils sont aussi concurrents.


Henri Croizier au milieu de la tribune

Au centre, Henri Croizier pendant l’assemblée générale du Mécaforum®


Or, il existe en France depuis 1948, un texte qui encadre les centres techniques industriels de branches, les CTI. Ces CTI ont comme objectif d’acquérir les compétences humaines et matérielles pour faire progresser leur profession. Ils se dotent donc de moyens de financement venant de celle-ci. Mais c’est aussi le moyen d’aller plus loin dans l’utilisation des fonds publics pour créer ce genre d’outil à l’échelle nationale.


Il n’existe pas de CTI de la dynamique automobile. Notre objectif, c’est d’y arriver. Vous prenez l’organisation du CETIM (Centre technique des industries mécaniques) et vous imaginez la même chose pour la dynamique automobile.


En somme, le Mécaforum® peut être un outil français extrêmement intéressant pour renverser la courbe de l’évasion de notre savoir-faire, ça, c’est une chose qui me passionne. Mais ce à quoi je crois davantage, c’est le CTI sur la dynamique automobile. Si l’on arrive à faire ce CTI avec l’aménagement du territoire qu’on a prévu, c’est-à-dire un morceau du CTI à Nogaro, un autre à Magny-Cours, un autre au sud…


 

Claude Bourdil intervient

Claude Bourdil, président du SYMA intervient pendant l’AG du Mécaforum®


RH : ah ! Bon tout ne serait pas réuni en un seul point ?

HC : non ! C’est la grande nouveauté et ça m’appartient ! Le système français est ainsi fait qu’on imagine toujours que la structure doit être à un seul endroit et que ça coûte moins cher. C’est notre culture : on ferme plutôt des établissements qu’on en ouvre et on s’aperçoit quelque temps après que l’efficacité de l’aménagement du territoire en a pris un grand coup.


Il m’a été suggéré de faire comme tous les CTI, c’est-à-dire de s’installer dans la grande banlieue parisienne et il y a 1000 raisons positives pour ça…Mais je m’oppose à ça !

Je suis intimement convaincu que, si on fait ça, on est en dehors de la logique d’avoir fédéré des circuits automobiles dans toute la France.


Le climat d’un site, c’est celui d’un seul site. Notre avantage c’est d’avoir des circuits de montagne, des circuits de neige, des circuits de glace, d’avoir des circuits au soleil. Ces climats, c’est bien ça la France.


Mais qu’ il y ait des entités pilotes, c’est normal. Mais qu’on ait un éclatement des savoir-faire dans tout le territoire, c’est ça qui me passionne, car c’est ça qui va différencier notre offre de celle de nos voisins.


Le CTI, ce n’est pas une administration, mais un laboratoire qui doit pouvoir offrir les services attendus par les professionnels. Il offre, bien évidemment, ceux des membres du CTI, mais il se dote lui-même de compétences. La compétence centrale doit être extrêmement bien pensée, pour être suffisamment pertinente et aider à des investissements.


 

Elèves mécaniciens de compétition à l’AG du Mécaforum

Les élèves mécaniciens de compétition du lycée pro d’Artagnan pendant l’AG du Mécaforum®


Moi, par exemple, je souhaiterais que, pour la partie étude de liaisons au sol, le CTI nous permette de continuer à développer le Laboscope du Mécanopole de Nogaro. Vous avez vu que dans le projet de l’architecte, il y a la phase 1 et la phase 2. La phase 1, c’est les fonds publics. Si la phase 2, c’était les professionnels, via le CTI, qui le construisent, on aurait gagné.


Mais il faut être très rigoureux, car nous sommes très centralistes. On pourrait se retrouver demain avec 130 membres répartis sur tout le territoire et un CTI monolithique !

RH : gare aux ambitions personnelles ! Tant que vous êtes là, le Mécaforum® marche bien !

HC : c’est peut-être le fait que je ne sois moi-même ni gestionnaire, ni propriétaire d’aucun des circuits et laboratoires et que j’appartienne à un « Etablissement public administratif d’Etat » [le réseau des Chambres de commerce] qui me permet d’avoir cette neutralité. Et ce que j’apprécie, c’est que lorsqu’il y a des arbitrages à faire, on les laisse à la personne qui anime aujourd’hui le Mécaforum® et qui n’a donc pas d’intérêt personnel dans un circuit, plutôt que de dire : c’est le gros qui bouffe le petit !

Si demain, ça passe sous la coupe d’un gros ou d’un petit, les intérêts individuels vont revenir.

RH : Monsieur Croizier, je vous remercie pour cet interview.

 

 

Avez-vous des questions à poser, des remarques à formuler ou encore des informations à apporter ? J’aimerais beaucoup les connaître : le formulaire ci-dessous est à votre disposition !

P. S. - Aujourd’hui, j’ai ajouté une 3ème partie au trombinoscope !



(requis)
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Développement et « dynamique automobile » I

 

Interview d’Henri Croizier (1ère partie)


Cet interview a été enregistré le 18 décembre 2007, soit une semaine après l’assemblée générale du Mécaforum® à Linas Montlhéry. Voici donc un premier extrait :


La double structure juridique du Mécaforum® et la création d’un syndicat de branche « Dynamique automobile »


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La tribune de l’assemblée générale : au centre Henri Croizier (avec le micro)

 


Roland Houdaille : Il existe un consortium, mais aussi une association loi 1901 pour le Mécaforum®. Pouvez-vous expliquer pourquoi ?

Henri Croizier : Le Mécaforum® existe aujourd’hui sur 2 fondements juridiques. Le 1er c’est le fondement d’un consortium, encadré par une charte. C’est comme ça qu’est né le Mécaforum®, avec le groupement de tous ceux qui souhaitent prendre les engagements mis dans la charte. Ensuite, vous avez l’association loi 1901, qui est l’outil juridique qui encadre les activités du consortium comme n’importe quelle association loi 1901. Pourquoi avoir fait un consortium et une association loi 1901 ? C’est tout simplement que certains établissements ne peuvent pas rentrer dans des associations. Donc on est obligé de garder la notion de consortium. Ce sont certains établissements administratifs, dont l’établissement militaire [Établissement technique d’Angers]. C’était le moyen de travailler avec nos amis de la Défense nationale et certains autres services sans avoir la contrainte de les voir saisis dans une structure inadaptée.


L’association a été créée en 2006, un an après le consortium. L’association reprend dans son objet bien évidemment la totalité du consortium, ce qui donne une assise juridique à la structure et surtout, permet d’avoir des lignes budgétaires. Parce que le consortium, lui, vivait uniquement de bonnes relations, comme n’importe quel consortium à but non-lucratif. Alors que là, l’association qui encadre le Mécaforum® peut déjà recevoir la cotisation de ses membres et puis, elle peut, en fonction des sujets, obtenir des subventions des collectivités ou des services de l’État et puis elle peut, bien évidemment, offrir des prestations si on le souhaite.


RH : Vous avez dit à l’assemblée générale (AG), qu’il faudrait faire évoluer la structure juridique, si le nombre de membres augmentait !

HC : évoluer, oui, c’est un souhait qui n’est pas basé sur le montage juridique, c’est un souhait de reconnaissance d’une nouvelle profession. Parce que une association loi 1901 traditionnelle, c’est un regroupement de personnes qui ont comme objectif de respecter l’objet même de l’association, mais un syndicat professionnel a [pour but ] par définition de regrouper au niveau national voire européen des activités extrêmement précises. Les activités d’un syndicat professionnel, c’est d’abord de défendre la profession, c’est de la structurer et c’est également d’apporter les moyens nécessaires au développement de la profession et non plus au développement de ses membres. C’est là où il y a une grosse différence, dans le cas d’une association loi 1901, on parle de membres, dans le cas d’un syndicat professionnel, on parle d’une profession.


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Henri Croizier pendant l’assemblée générale

 


RH : Concrètement qu’est-ce qui devrait changer ?

HC : alors, la veille de l’AG, nous avions une réunion du Conseil d’administration et à l’unanimité du CA, il a été décidé d’engager une démarche avec les services de l’État pour créer ce nouveau syndicat professionnel. Donc les rencontres avec nos différents ministères sont programmées et on va expliquer pourquoi on veut aujourd’hui identifier un secteur d’activité économique au niveau national.


RH : Encore un nouveau dossier à présenter, alors, après le succès de celui de la candidature de la SEMPA à la gestion du Mécanopole ?

HC : oui, c’est la continuité de notre action. Je crois que depuis le début notre détermination est de dire : « on ne peut pas rester inactif dans ce domaine d’activité ». Donc, d’abord on a partagé un objectif puis on s’est structuré avec une association loi 1901. Quand on passe de 5 membres d’un consortium à 130, ça prouve qu’effectivement il y avait une attente. Et quand, dans les membres, on trouve aussi bien des établissements publics que privés, des multinationales ou de très petites entreprises, il y a là matière à dire : effectivement tout n’est pas réglé dans notre métier.


RH : cela devient une espèce de lobby qui s’interdit d’avoir des membres d’autres pays ?

HC : non. Alors nous n’avons pas tranché pour savoir si nous serions un syndicat professionnel de branche à l’échelle française ou un syndicat professionnel à l’échelle plus large que le territoire national. Pourquoi ? Parce que tout simplement le métier qu’aujourd’hui on exerce en France est fait avec des entreprises françaises pour un certain nombre et pour d’autres avec des laboratoires ou des centres d’essais dont les capitaux sont souvent détenus, maintenant, par des entreprises étrangères.


RH : comme le CERAM (Centre d’Essais et de Recherche Automobile de Mortefontaine) ?

HC : par exemple le CERAM avec les capitaux de Pininfarina, donc des capitaux italiens. Donc c’est une interrogation que l’on a. Par contre, ce que l’ensemble des membres a décidé, c’est que notre mission commune était de défendre notre profession sur le territoire national. On n’a pas d’états d’âmes à savoir si des capitaux viennent s’investir en France pour développer nos activités en France. Notre objectif, c’est de développer l’emploi, de faire de l’aménagement du territoire sur la France. Et c’est vraiment cela [qui nous guide].


RH : D’accord. Il n’est pas question de faire un syndicat européen ?

HC : Pour le moment on n’en est pas là. Ce qui est certain c’est qu’on est déjà en relation avec un syndicat allemand qui existe sur la même thématique que nous. C’est un syndicat qui regroupe aujourd’hui les centres d’essais industriels allemands.

Je crois qu’il faut prendre les étapes les unes après les autres. Si les Allemands ont créé un syndicat professionnel pour défendre leurs centres d’essais industriel, c’est probablement qu’il y a quelques années (ce n’est pas si vieux que ça), ils en ont vu la nécessité comme nous le voyons aujourd’hui sur le territoire national. Essayer d’imaginer de partenariats avec nos voisins européens, c’est quelque chose qui, de toute façon, aujourd’hui se fait. On a des relations avec d’autres centres d’essais industriels en Europe, mais je crois que pour nous la priorité c’est de structurer le territoire national. On a 15 ans…


RH : de retard ?

HC : de retard, non, mais pendant 15 ans on ne s’est pas rendu compte de ce qui se passait autour de nous dans ce métier-là. On est en train d’ouvrir les yeux, voilà. On prend conscience que dans ces métiers, il s’est passé d’autres choses, avec probablement d’autres formes d’organisation, d’autres formes de partenariat. En France, on est très individualiste, donc, par définition, pendant ces 15 ans, chacun a essayé de faire bouillir sa marmite en pensant le faire au mieux.


Et en même temps, les essais industriels, la dynamique automobile, les laboratoires qu’il y avait dans ce domaine-là, c’est une niche de l’activité [des industriels]. Si l’on prend le cas de Michelin, les essais industriels pour le compte d’autres partenaires, dès que ça ne touche pas le pneu, c’est loin d’être le cœur du métier chez eux. Voilà, c’est un exemple très concret. Quant au CERAM, c’est vrai que c’était une branche de Matra Automobiles. Tant que Matra Automobiles donnait du boulot au CERAM, le CERAM avançait sur ce domaine-là. Après les choses ont évolué. Les sociétés s’achètent, se vendent, de nouveaux actionnaires apparaissent. Et surtout, on a vu arriver sur le territoire national des prestations de services extrêmement sérieuses, compétentes, à des prix défiant toute concurrence.


RH : vous pensez à qui ?

HC : aujourd’hui sur le territoire, on voit arriver Pininfarina, autrement que par le CERAM, on voit arriver Idiada, en Espagne, qui a une politique sur notre territoire national. Le Mira Circuit Record en Angleterre et, du côté des Allemands, quelques labos extrêmement compétents.


RH : Plus BMW ?

HC : non, BMW a son centre d’essais en France, mais il ne vend pas de prestations.

 

 


Si ces questions vous intéressent, ne manquez pas la suite au prochain billet ! Si vous avez des questions à poser, des opinions à exprimer, des compléments à ajouter, ce formulaire de commentaire est à votre disposition:

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