« Amende honorable » (1)
Julien Capron
jette un pavé de 666 pages aux lycéens pour le prix Jeune mousquetaire du 1er
roman
La libraire
Marie Pérez a beaucoup apprécié ce roman
Ce livre foisonne de personnages
décrits avec force et vérité. Certes, c’est un gros roman, mais il se lit avec
passion. Pour cela, il faut traverser les premières pages, dont le style se
rapproche parfois d’une poésie hermétique. Heureusement, ça ne dure pas !
L’action a lieu dans cinquante ans, après des
bouleversements politiques et une guerre civile. La coalition au pouvoir, non
contente d’avoir rétabli la peine de mort, institue « l’amende honorable ». Le condamné doit « mériter sa
mort » pendant des années de probation. Il n’a que le droit d’être « buté pour bonne conduite ! »
La prison a pour mission de lui rendre la vie impossible. Pour être enfin
exécuté, il doit manifester une contrition totale qui aboutit à une véritable dépersonnalisation.
Des pages fortes - Nous
assistons à l’interrogatoire d’un assassin puis à une enquête de police. En ce
temps-là, l’ADN de toute
la population est en fiches, mais un groupe de terroristes sabote le
système et commet des attentats sanglants. Puis, c’est la préparation du
journal télévisé, haletante à souhait. Avec d’excellents développements sur le métier de journaliste.
L’action politique culmine avec un débat télévisé entre trois candidats à la
présidence de
Le candidat de droite, qui a un
vocabulaire analogue à celui de Nicolas Sarkozy (« je ne vous décevrai pas ») sort vainqueur des
élections pour être immédiatement assassiné. On croit comprendre que sa
politique menait à une impasse…
L’auteur s’engage : il combat le
principe de faire coller
le droit aux émotions que ressentent les gens face à un drame, au lieu
d’établir les responsabilités qui y ont mené. Il s’indigne que le droit puisse
s’aligner sur ce cliché que « face à un crime horrible, la mort ne suffit pas ».
En résumé, un récit puissant, des personnages
attachants, un style varié parfois recherché. Un bon concurrent pour le prix
des lycéens.
(1) de Julien Capron, chez
Flammarion.
En savoir plus :
Voilà un livre
qui porte à la controverse ! Si vous êtes intéressé, ne vous
laissez pas rebuter par le début. Certes, en plus de phrases un peu galimatias
(par exemple : « L’abominable calvaire des quatre filles exige pour réplique le
mystérieux langage qui ordonne la grammaire du monde même » p. 15), on trouve
deux fautes de frappe ( ?) : « …linges qu’on sert (sic) contre le corps » p.11,
« opresser » (sic) p.206. Il y a aussi, plus dignes d’être notées, deux
constructions fautives : « …
Revenons aux
qualités dont je n’ai pas pu parler dans Sud-Ouest, faute
de place. Il y a une recherche plastique dans ce roman. Au moins sur trois
plans.
D’abord le changement de taille de polices d’écriture pour figurer les
hurlements de manifestants, par exemple, ceci en donne une idée, mais je n’ai pas toutes les tailles de polices nécessaires pour faire une reproduction exacte :
JUSTICE POUR LES VICTIMES
Ensuite, pendant 12 pages, l’action se poursuit avec 3
récits qui se succèdent à chaque changement de ligne Chaque ligne est imprimée
avec une police et une taille différente. Il faut sauter 3 lignes pour suivre
le fil, ce qui est censé donner le sentiment de simultanéité :
« Mesdames,
messieurs du Corps Congrégatif, mesdames, mes-
Ce doit être les poumons qui font l’air,
plutôt que l’air qui fait les poumons. En tout cas, cette saloperie
Je n’avais jamais
expérimenté dans ma chair le frisson coupable du drame. Qu’y a-t-il »
(p. 433-446).
Et ainsi de suite sur douze pages. C’est intéressant, mais ça fait du bien quand ça s’arrête !
Enfin, il y a un effort pour reproduire les écrans des
ordinateurs avec leur messagerie instantanée : ça met dans l’ambiance réelle.
Un dernier mot sur la forme : les chapitres sont
ordonnés et titrés avec les « horaires de l’Ordre de Cluny, à l’époque des
équinoxes, durant le temps pascal ». Pourquoi cela ? C’est pour moi une énigme.
Faut-il y voir un rapprochement avec la mort du Christ le Vendredi Saint ?
Ce qui me rappelle ce passage d’une lettre posthume du
sénateur Grabure (page 25) : « Vous qui vous réclamez de Dieu, (…) n’oubliez
pas le Christ ! (…) Il est
mort pour nos péchés. Rien ne peut égaler ce don, rien ne peut s’y ajouter. Et
nous sommes impuissants désormais à croire que le mal peut être vaincu par la mort
d’un coupable. Et cette impuissance est l’humanité. » Il y a
manifestement une inspiration chrétienne dans cet ouvrage.
Autre passage remarquable : « Joyeuse Justice, aussi, que celle qui n’a à être
juste qu’avec les innocents ! » p.119.
Et encore, cette idée, qui semble être le « message »
final de l’auteur : «on
peut extirper [le mal] d’un homme à force d’humanité et d’effort, on ne peut
l’extirper d’un monde » p.23.
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