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« Giovanni Pico »


Un roman de Guillaume de Sardes (1) dans la sélection des lycéens

En savoir plus (qu’il n’y en a dans l’article de Sud-Ouest) :

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La libraire Marie Pérez présentant « Giovanni Pico »


Voici un excellent roman, un livre fort, que les hommes de pouvoir et les simples citoyens peuvent lire avec intérêt. Un excellent concurrent dans la course au prix « Jeune mousquetaire du 1er roman. »

On ne saurait imaginer idéal d’homme à la fois plus éloigné et aussi plus proche des modèles contemporains. Plus éloigné, car, le héros, Giovanni Pico, un Pic de la Mirandole inventé, a la passion de l’absolu, il est « immodéré en tout. ». Plus proche, par son cynisme affiché : « Que je bâtisse ou détruise, que je fasse le bien ou le mal, je ne cherche qu’à satisfaire mon plaisir et ma souveraineté », dit-il. Nous sommes en 1486, dans la Florence de Laurent le Magnifique, pour qui Machiavel écrivit son Prince.

 


La soif d’absolu - Giovanni Pico essaie tout avec la même ardeur et passe à autre chose dès qu’il a réussi. Avec les atouts d’une naissance noble, de la richesse, de la beauté et de l’esprit, il intrigue victorieusement pour devenir le chancelier du souverain. Non content de ses succès amoureux, il se vautre dans la débauche avec des prostituées. Il va jusqu’à tuer sa préférée. Puis il décide de chercher la gloire dans les batailles et revient en vainqueur. Il se retire du monde et écrit ses 900 thèses philosophiques, dont 13 sont condamnées par le pape. Son dernier combat est celui d’un sportif de l’extrême. Il gravit seul une haute montagne avec d’énormes difficultés. Enfin, revenu de tout, des vices comme des vertus, il se suicide. Son dernier mot : « La plupart des hommes ne vaut pas la peine qu’on s’en occupe. Il faut être économe de son mépris, étant donné le grand nombre de nécessiteux. »

 


Confrontation – Les seuls personnages que Giovanni Pico estime ont des passions extrêmes et ce sont des forts. C’est pour cela qu’il les estime. C’est Jérôme Savonarole, prédicateur passionné et intransigeant qui finit sur un bûcher. C’est le pape Alexandre Borgia, débauché mais animé d’une immense ambition.

Ce roman sort de l’ordinaire également par son style direct, sans fioritures. Le doute est absent de cette écriture, aussi à l’aise dans le madrigal que dans la dispute politique ou philosophique. Cela donne des personnages certes complexes, mais vigoureusement décrits.

 


Le mythe du surhomme - Ne nous y trompons pas, l’absolu dont il s’agit est celui de la grandeur sous toutes ses formes, même les plus viles, pourvu qu’elle soit à son sommet ! « A la grandeur conviennent les choses grandes, les grandes vertus ou les grands vices. » Un prêtre lui dit qu’il subit la tyrannie de ses passions, il lui répond orgueilleusement : « Je les assouvis parce que je le veux (…) lorsqu’on a cette grande puissance de pouvoir exécuter ses desseins, on n’a nul besoin de régenter ses volontés. »

Le mythe du surhomme, au-delà du bien et du mal, de Nietzsche, n’est pas loin : « C’est une marque de faiblesse de demeurer dans le commun. L’homme de talent se démêle de la troupe, il force le destin. » Il est aussi sans pitié pour les faibles : « Ta cause peut bien être la meilleure, la mienne est la plus forte. »

 


« Qualités viriles, force d’âme, énergie » - Comment ne pas penser aussi à Montherlant et à son culte du héros ? La tendance sécuritaire de la société actuelle, qui cherche à exclure tout risque, est bien loin de tout cela ! « Je goûte moins les profits des dangers que les dangers eux-mêmes ; comme je préfère les nouveautés incertaines et hasardeuses aux avantages assurés et acquis de longue date. » Suivre la voie de la grandeur dans les dangers ou suivre la voie de la médiocrité dans la sécurité ? « En prison, en prison pour médiocrité ! » s’écrie le roi Ferrante (dans la Reine morte de Montherlant).

Et on pense aussi au Corneille du Cid (« à vaincre sans péril on triomphe sans gloire ») : « il n’y a pas de triomphe flatteur sans risques ni difficultés. »

Est-ce alors l’auteur qui parle par la bouche de Giovanni Pico, quand il déclare : « Un jour viendra où l’on préfèrera pleurer les victimes plutôt qu’honorer les soldats. Alors l’amour des actes et des êtres immodérés se sera éteint » ?

On s’en doute, l’orgueil est au premier rang des vices du personnage : « L’orgueil seul oblige au dépassement : les qualités dont on se pare deviennent bientôt une manière d’être. » Montherlant aurait pu signer cela !

Dans ce cœur sec, l’amour des autres n’a pas de place et « la pitié est la plus terrible maladie qui soit. » Mais il exalte la haine, « qui trempe les volontés. »

(1) Chez Hermann Littérature.

J’aimerais beaucoup que ce billet vous donne envie de lire le roman et de donner votre opinion sur ce blog ! C’est sans aucun doute une œuvre qui ne laisse pas indifférent et porte à approuver avec enthousiasme ou à repousser avec horreur les idées du « héros » ! Partagez donc votre opinion en utilisant le formulaire ci-dessous :

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