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Le jardinage amoureux

« Garden parties » ou l’Amant de lady Chatterley à notre époque, sélectionné par les lycéens


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La libraire Marie Pérez avec « Garden parties »


La sélection de cette année est décidément un bon cru ! Voilà un roman d’un très bon niveau.

« Garden parties » est le 1er roman d’Alain Voline (aux éditions J.-C. Lattès). Un jeune homme prend un poste de jardinier pour écrire tranquillement un livre. Métis d’un GI afro-américain et d’une Normande, il veut écrire l’histoire de sa grand-mère noire. Son nom est étrange : Dem Sans.

Amoureux de la nature, dont il sait déchiffrer tous les signes, il se retrouve dans une situation scabreuse.



On s’attend à un roman noir - Dem, le héros et narrateur, tombe sous le charme de Nelly, qu’il croit être l’épouse de son patron (elle lui a « sauté dessus »). Elle a 15 ans de plus que lui. Au début de leur relation, elle couche par hygiène, mais finit par s’éprendre de lui. Mais Dem ne le sait qu’à la fin du roman. Cette histoire d’amour est contrariée, non par le mari, comme on pourrait croire, mais par les intrigues de ceux et celles qui tournent autour du mari. Tout cela finit par un bain de sang, mais avec un happy end.

Le temps joue aussi un rôle : nous sommes en été, le parc dont Dem a la charge est en piteux état et son patron lui demande de faire des miracles en très peu de temps, car il prépare une fête pour ses 40 ans. Il s’y acharne sans succès. Un autre personnage est croqué avec réalisme : l’aide-jardinier bon à tout faire Ahmed.



Un bon livre - On peut reprocher à l’auteur quelques longueurs - peut-être pour faire durer le suspense ? - avant la crise finale et une fin un peu trop classique. En revanche, les personnages sont croqués avec beaucoup de maîtrise et l’on s’y attache. Tout le roman est imprégné d’un érotisme qui suggère, sans décrire les détails. C’est élégant et efficace. Et la passion pour les arbres, les plantes et les animaux de Dem s’exprime avec un luxe de détails qui plaît ou ne plaît pas : je l’ai trouvé plaisant et Nelly aussi !. Le style est parfait, dense et sonne juste.



L’auteur signe de son vrai nom - Il est le petit-fils d’un révolutionnaire anarchiste russe, Vsevolod Mikhaïlovitch Eichenbaum, né en 1882 à Voronej. Celui-ci, dont le pseudonyme était Voline, a eu une ces vies extraordinaires des révolutionnaires de cette époque. Il participe à la révolution de 1905, en tant qu’un des fondateurs du soviet de Saint-Petersbourg. Arrêté, il s’évade et s’exile en France. Il y fait de la propagande contre la guerre qui menace. Avant dêtre arrêté par les Français, il part aux Etats-Unis, où il rencontre Trotski. Il prédit à Trotski que celui-ci l’arrêterait s’ils se retrouvaient à Moscou. Il est rédacteur d’un journal anarchiste , dont la rédaction part en Russie en 1917. Il est effectivement arrêté par Trotski en 1920 et torturé. Il est libéré sur l’intervention de syndicalistes européens. Et se réfugie en Allemagne, puis en France. Il rédige le périodique des anarchistes espagnols et meurt en France, épuisé par les privations et la tuberculose, en 1945. Il est enterré au Père Lachaise. (source).

Si ce roman vous tente, lisez-le et donnez votre avis sur le formulaire ci-dessous, qui est fait pour ça :



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« Amende honorable » (1)

Julien Capron jette un pavé de 666 pages aux lycéens pour le prix Jeune mousquetaire du 1er roman

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La libraire Marie Pérez a beaucoup apprécié ce roman

Ce livre foisonne de personnages décrits avec force et vérité. Certes, c’est un gros roman, mais il se lit avec passion. Pour cela, il faut traverser les premières pages, dont le style se rapproche parfois d’une poésie hermétique. Heureusement, ça ne dure pas !


L’action a lieu dans cinquante ans, après des bouleversements politiques et une guerre civile. La coalition au pouvoir, non contente d’avoir rétabli la peine de mort, institue « l’amende honorable ». Le condamné doit « mériter sa mort » pendant des années de probation. Il n’a que le droit d’être « buté pour bonne conduite ! » La prison a pour mission de lui rendre la vie impossible. Pour être enfin exécuté, il doit manifester une contrition totale qui aboutit à une véritable dépersonnalisation.


Des pages fortes - Nous assistons à l’interrogatoire d’un assassin puis à une enquête de police. En ce temps-là, l’ADN de toute la population est en fiches, mais un groupe de terroristes sabote le système et commet des attentats sanglants. Puis, c’est la préparation du journal télévisé, haletante à souhait. Avec d’excellents développements sur le métier de journaliste. L’action politique culmine avec un débat télévisé entre trois candidats à la présidence de la République.

Le candidat de droite, qui a un vocabulaire analogue à celui de Nicolas Sarkozy (« je ne vous décevrai pas ») sort vainqueur des élections pour être immédiatement assassiné. On croit comprendre que sa politique menait à une impasse…


L’auteur s’engage : il combat le principe de faire coller le droit aux émotions que ressentent les gens face à un drame, au lieu d’établir les responsabilités qui y ont mené. Il s’indigne que le droit puisse s’aligner sur ce cliché que « face à un crime horrible, la mort ne suffit pas ».

En résumé, un récit puissant, des personnages attachants, un style varié parfois recherché. Un bon concurrent pour le prix des lycéens.

(1) de Julien Capron, chez Flammarion.


En savoir plus :

Voilà un livre qui porte à la controverse ! Si vous êtes intéressé, ne vous laissez pas rebuter par le début. Certes, en plus de phrases un peu galimatias (par exemple : « L’abominable calvaire des quatre filles exige pour réplique le mystérieux langage qui ordonne la grammaire du monde même » p. 15), on trouve deux fautes de frappe ( ?) : « …linges qu’on sert (sic) contre le corps » p.11, « opresser » (sic) p.206. Il y a aussi, plus dignes d’être notées, deux constructions fautives : « …la Ligue avait muselé en échec (sic) tous les systèmes informatiques des combattants » et « …son acharnement à ne pas vivre dans une cité dont il se serait accommodé de l’injustice (c’est moi qui souligne ce complément de nom intempestif).

Revenons aux qualités dont je n’ai pas pu parler dans Sud-Ouest, faute de place. Il y a une recherche plastique dans ce roman. Au moins sur trois plans.

D’abord le changement de taille de polices d’écriture pour figurer les hurlements de manifestants, par exemple, ceci en donne une idée, mais je n’ai pas toutes les tailles de polices nécessaires pour faire une reproduction exacte :

 

JUSTICE POUR LES VICTIMES



Ensuite, pendant 12 pages, l’action se poursuit avec 3 récits qui se succèdent à chaque changement de ligne Chaque ligne est imprimée avec une police et une taille différente. Il faut sauter 3 lignes pour suivre le fil, ce qui est censé donner le sentiment de simultanéité :

« Mesdames, messieurs du Corps Congrégatif, mesdames, mes-

Ce doit être les poumons qui font l’air, plutôt que l’air qui fait les poumons. En tout cas, cette saloperie

Je n’avais jamais expérimenté dans ma chair le frisson coupable du drame. Qu’y a-t-il »

(p. 433-446).

Et ainsi de suite sur douze pages. C’est intéressant, mais ça fait du bien quand ça s’arrête !


Enfin, il y a un effort pour reproduire les écrans des ordinateurs avec leur messagerie instantanée : ça met dans l’ambiance réelle.

Un dernier mot sur la forme : les chapitres sont ordonnés et titrés avec les « horaires de l’Ordre de Cluny, à l’époque des équinoxes, durant le temps pascal ». Pourquoi cela ? C’est pour moi une énigme. Faut-il y voir un rapprochement avec la mort du Christ le Vendredi Saint ?


Ce qui me rappelle ce passage d’une lettre posthume du sénateur Grabure (page 25) : « Vous qui vous réclamez de Dieu, (…) n’oubliez pas le Christ ! (…) Il est mort pour nos péchés. Rien ne peut égaler ce don, rien ne peut s’y ajouter. Et nous sommes impuissants désormais à croire que le mal peut être vaincu par la mort d’un coupable. Et cette impuissance est l’humanité. » Il y a manifestement une inspiration chrétienne dans cet ouvrage.

Autre passage remarquable : « Joyeuse Justice, aussi, que celle qui n’a à être juste qu’avec les innocents ! » p.119.

Et encore, cette idée, qui semble être le « message » final de l’auteur : «on peut extirper [le mal] d’un homme à force d’humanité et d’effort, on ne peut l’extirper d’un monde » p.23.

Si vous avez une opinion sur ce livre, ou sur ce compte rendu de lecture, faites-le savoir, les formulaires ci-dessous sont à votre disposition :

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25 janvier 2008 - Aucun commentaire
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